La cour d'assises du Var n'a pas retenu hier l'exception d'irresponsabilité pénale qui aurait dispensé de toute peine Zubert Gougou, le schizophrène toulonnais de 34 ans accusé d'avoir causé la mort de son codétenu en incendiant leur cellule de la prison de La Farlède le 16 août 2005.
Jugé coupable de ce crime, pour lequel il encourait la perpétuité, Gougou a été condamné à dix ans de réclusion criminelle.Quinze ans de prison requis
Pour requérir quinze ans de réclusion, l'avocat général Mme Corinne Savonne a tiré argument des aveux à chaud de Zubert Gougou, faits au personnel pénitentiaire sur son brancard, mais également du précédent incendie de matelas lors de son incarcération trois mois avant les faits.
Il n'était pas question pour elle de nier la pathologie psychiatrique de l'accusé, cependant : « La prise en charge des psychotiques dangereux est un problème de société sur lequel on ne peut pas faire l'impasse. Mais tous les schizophrènes ne sont pas des criminels, l'un des experts l'a dit. Il présente une dangerosité sociale sans lien avec sa maladie. »
Elle rejoignait enfin Me Yves Haddad, l'avocat des parties civiles, sur le fait qu'après onze condamnations en dix ans, « depuis trois ans qu'il est en prison, la société peut dormir tranquille, il est à l'abri. »
En défense : le crime d'un fou
« Il n'est pas coupable, il n'est pas responsable et il n'est pas accessible à une sanction pénale. » Dans sa plaidoirie, Me Lionel Febbraro s'est battu sur tous les terrains pour emporter la conviction de la cour.
A commencer par celui de la culpabilité de Zubert Gougou, que les témoignages à charge des surveillants et de la sous-directrice ne suffisaient pas, selon lui à établir.
Quand il avait pu être entendu valablement par les enquêteurs, Gougou avait protesté de son innocence, expliquant qu'il dormait, qu'il avait été réveillé par la fumée qui le suffoquait, et que l'incendie avait été provoqué par Othoman Bousnina au moment où celui-ci avait allumé une cigarette.
Sur la question de la responsabilité, Me Febbraro a fait la synthèse des deux expertises psychiatriques, qui établissaient toutes deux les troubles mentaux de l'accusé.
Pour l'un des experts, sa maladie se doublait de troubles de la personnalité, qui le conduisaient à des comportements délinquants dans ses périodes de lucidité.
Il était donc répréhensible.
« Dire que cet homme est responsable de ses actes, qu'il soit coupable ou pas, c'est injuste. Qu'on puisse juger des gens dans son état, c'est inacceptable.
« On vous demande de maintenir quelqu'un dans la prison où on lui reproche d'avoir commis des faits criminels. C'est paradoxal, ça n'a pas de sens.
« Ne pas juger les fous, c'est un degré de civilisation. Ne vous prêtez pas à ce que j'appelle une indignité. »
Les jurés n'ont pas partagé cette analyse en renvoyant Zubert Gougou en prison, où il semblerait prudent de le doter désormais d'un matelas ignifugé.